La guerre des métaux rares
Énergies vertes, perplexité et incohérence
Pour nous sortir des dépendances au charbon et au pétrole, il serait nécessaire de creuser plus, plus loin et plus profond - les métaux rares étant des éléments essentiels à l’évolution écologique de décarbonisation. Ces métaux rares ayant des propriétés magnétiques beaucoup plus avancées que les autres, magnétisme nécessaire à tout moteur électrique. Un monde plus vert, tributaire des métaux sales, en somme.
On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré — Albert Einstein
On a toujours convertit de l’énergie en une autre source, plus manuelle. Qui sont aussi nécessaires à la transmission d’informations et à la communication, base de cette transition “verte”. Et en même temps, cette “écologie” présente des véhicules de plus en plus lourds, qui consomment de plus en plus - la prochaine Rolls Royce est indiquée à 2.9 tonnes à vide - soit pratiquement à 3.5 tonnes avec ses occupants. De là à ce qu’il faille un permis camion pour conduire un véhicule avec le statut social le plus haut, il n’y a qu’un pas que l’ironie transgresse allègrement.
La solution n’est pas dans la continuité mais dans un revirement de paradigmes obligatoire, avec davantage de sobriété et de modération - soit “La sobriété heureuse”, comme l’appelait Pierre Rabhi.
Numérisation, santé et technologies vertes
Naïvement, la transition écologique passe par la numérisation et des interconnexions virtuelles, où chacun produit l’énergie dont il a besoin grâce à des panneaux photovoltaïques et des voitures électriques.
Cette transition a cependant des impacts colossaux sur les plans sociétaires, financiers et militaires. L’idée initiale consistait à se dédouaner des énergies fossiles et des producteurs de ces énergies, sans tenir compte de la manière et des lieux nécessaires à l’extraction de leurs remplaçantes. En un mot comme en mille, la Chine domine le marché des métaux rares. En signant la COP21, l’Europe et les autres dirigeants se sont jetés dans un cul-de-sac dont ils sortiront difficilement.
Cette quête écologique charrie des périls aussi colossaux que ceux qu’elle s’était donné pour mission de résoudre.
Extractions et traitements nécessitent des acides sulfuriques et chlorhydrique, qui seront parfois rejetés directement dans les cours d’eau avoisinant les villages, dont les habitants travaillent avec acharnement pour quelques centaines d’euros par mois, à alimenter un marché noir d’exploitation et d’approvisionnement de terres rares : contamination, impacts sur la santé et rejet de déchets toxiques, sous pression des industriels et du capitalisme. « L’opération de raffinage est donc tout sauf raffinée »… un peu comme la fabrication de granules homéopathiques ; bientôt du « Gallium 5ch » - sans parler des 30 000 mètres cubes d’eau (Pour le lithium, on parle de 500 000 à 2 millions de litres d’eau par tonne — donc 500 à 2000 m³…), qui vont se charger d’acides et de métaux lourds, qui empêcheront les cultures de pousser correctement et rendront la terre infertile. Un sacrifice de l’environnement local pour alimenter le reste du monde en terres rares. Au même titre que le dieselgate, nous aurons probablement un « electricgate » d’ici quelques années.
On parle ici d’avoir une éthique de responsabilité écologique, qui n’arrive pas : la soif de profits est trop grande que pour se soucier de la santé de ceux qui travaillent ou vivent sur les sites d’extraction. Les pays occidentaux ont préféré fermer les yeux, et ont soutenu la mise en place de sites d’extraction en Chine plutôt que de soutenir la mise en place de sites « propres », au vrai coût des choses. De cette citation : « le monde se sépare à présent entre ceux qui sont sales et ceux qui font semblant d’être propres ».
Pourquoi rien ne change ? Parce qu’une planète connectée rapporte plus qu’une planète propre, simplement, avec un maquillage colossal de notre montagne de déchets en des technologies vertes et informatisées. Le greenwashing n’étant bien entendu qu’une forme de blanchiment idéologique.
Souveraineté énergétique
“Garantir son indépendance énergétique ou sécuriser ses apports” sont deux notions totalement obligatoires pour garantir sa souveraineté. Elles ont cependant toutes les deux été ignorées des pays occidentaux, qui sont maintenant à la merci des autres pays producteurs, qui n’ont des lors plus aucune stratégie à long terme. Au sortir de la guerre froide, les mots d’ordre ont été d’avoir des flux tendus en industrie et d’avoir “zéro stock” et un TTM le plus court possible entre la conception et la fabrication.
Au final, les industries et sociétés sont totalement dépendantes de leurs fournisseurs, qui endossent la responsabilité de maintenir les lignes de fabrication en flux tendu.
Cette planétarisation des chaînes d’approvisionnement nous donne d’une main (la consommation instantanée) ce qu’elle nous reprend de l’autre (la culture et connaissance de leur provenance). Grâce à des transferts, nos rivaux disposent à présent d’un quasi monopole, puisqu’ils ont, eux, sécurisé leurs approvisionnements - et qui sert à présent de pression politique - au même titre que le pétrole, l’hélium pendant la deuxième guerre ou les céréales en 1979 contre la Russie.
A l’origine, les aimants étaient surtout en ferrite - un dérivé du fer. La fonction des terres rares a surtout permis de réduire de réduire la taille des objets et de décupler la vigueur des moteurs électriques. A délocaliser l’étape de raffinage, les autres pays se sont vu plus que simples sous-traitants, et disposent à présent d’une hégémonie sur le marché des terres rares, au point de décider (et d’organiser) les périodes de pénurie et d’abondance. Une forme d’émulation à s’approprier les technologied occidentales pour les porter un cran plus loin - et totalement hors de portée de ses concepteurs - et ainsi remonter et contrôler la chaîne de valeurs.
Sobriété écologique
Comment contraindre le reste de la planète à une sobriété écologique et économique après en avoir profiter durant les 170 dernières années, à avoir abuser sans limites des ressources disponibles, et à présent à vouloir freiner des quatre fers en essayant de raisonner 8 milliards d’humains qui rêvent de manger de la viande à chaque repas ou à partir au club med à chaque vacances (pour ceux qui en ont … 🙃). La mainmise sur le commerce des métaux rares serait plutôt ici un levier et une opportunité pour profiter un peu de cet ordre mondial qui a oublié certains pays, souillés par l’humiliation et les grandes puissances colonialistes de l’époque. D’ici 2050, tout ce qui se produit, se consomme, se jette va doubler, pire tripler. Sur la prochaine génération, nous allons consommer plus de ressources que sur les 70 000 dernières années, et que les 117 milliards d’humains ont nécessité pour subsister. La transition écologique ne sera pas réalisable pour l’ensemble de la population humaine, sauf à baisser d’un tiers l’extraction de métaux - la tendance étant plutôt à l’inverse, les projections présentant une consommation supérieure de 2.5x plus entre 2060 et 2011.
Pour appuyer la supériorité des pays “émergents” (qui sont depuis totalement sortis de terre… 🙄), l’accaparement des ressources et de la chaîne de valeurs ne servent à rien sans l’innovation et l’imagination.
Ici, il suffit d’attirer les talents, qui deviennent le chaînon manquant pour inonder le marché de nouvelles technologies qui vont améliorer le confort d’une frange de la population en dépit des autres aspects de survie de l’humanité.
Dernier rempart : protéger la propriété intellectuelle, avec la mise en place d’un “nationalisme technologique” (et une montée des régimes d’extrême droite et de protectionisme un peu partout dans le monde)… ce qui est assez ironique : comment pousser à l’ébullition intellectuelle quand on emploie deux millions de agents et qu’on dépense 6.6 milliards de dollars (en 2020) pour censurer la liberté d’expression.
La culture de la copie et le manque d’inventivité deviennent de facto une culture d’Etat, dictée par la stratégie du gouvernement, calquée sur le fonctionnement d’une multinationale occidentale : “Grow. More”.
Diplomatie du panda
On comprend dès lors mieux la politique de Trump de favoriser les énergies fossiles dont l’extraction est réalisable sur le sol US, que de dépendre de la Chine pour l’ensemble de sa chaîne industrielle et énergétique…
En théorie, la “diplomatie du panda” promue par la Chine aurait laissé entrevoir un avenir pacifié, basé sur une stratégie à long terme et une “dictature de bien commun” - jusqu’à ce que la mainmise sur les terres rares lève le voile sur son programme militaire. La production de tungstène est ainsi maintenue à 80% par la Chine et 20% par la Russie, tandis que l’Europe n’a aucun stock, et que ce métal est nécessaire à la confection de munitions.
On est à poil pendant que nos voisins constituent des stocks d’obus, de grenades et de fusils de chasse. Le fer a permis la conquête des Amériques par les européens, l’acier celle de la première guerre mondiale, … chaque avancée technologique s’accompagne d’une boucherie humaine (et inversement).
L’Europe est dépendante pour 98% des terres rares, 70% du lithium, 60% du cobalt, et n’a aucun stock stratégique pour ces métaux, contrairement aux États-Unis ou à la Chine. Des projets de mines européennes, notamment en Norvège, Finlande et Grèce, sont en cours, mais très lents, à cause des permis, de l’opposition locale et des coûts. Les prochaines étapes vont consister à miner les fonds marins et les minerais spatiaux - un des derniers astéroïdes ayant été estimé à 4000 milliards d’euros, parce que contenant plus de platine que ce que l’homme n’a jamais extrait.
Les prochaines grosses sociétés soutenues par les US sont Blue Origin, SpaceX et E-Space - pas par philanthropie ou curiosité scientifique, mais simplement parce qu’elles permettront de faire main basse sur les prochaines sources d’énergies.
Conclusions
La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas.
La transition écologique n’est pas une simple substitution de technologies, mais un changement de paradigme qui doit intégrer :
- La sobriété (moins consommer),
- La réparation et le réemploi,
- La justice sociale et environnementale,
- La souveraineté stratégique sur les ressources,
- Une régulation globale des chaînes d’approvisionnement,
- Un économie circulaire réglementée et réfléchie.
Bref, si tu veux assurer ta propre subsistance, tu dois ouvrir des mines sur ton territoire, quoi qu’en disent les écologistes, tout en étant garant de la protection de l’environnement. La délocalisation a eu un double effet pervers : elle a maintenu les consommateurs dans l’ignorance de leurs propres impacts, et a laissé à certains États le champs libre de se dédouaner de tout scrupule écologique. De manière non-naturelle, la transition écologique et le développement durable doivent être soutenus par la réouverture de mines sur les territoires nationaux.
Nous n’avons pas de problème de matière rare. Nous avons des problèmes de matière grise — Christian Thomas