La vérite sur l'affaire Harry Quebert

Publié le 04/09/2014

Pour √™tre honn√™te, la couverture n'inspirait absolument pas confiance. Cela sentait les vacances, avec des couleurs pastels, un petit village champ√™tre, son √©glise, un joli ciel bleu... Tout pour faire penser √† une belle histoire d'amour copi√©e du dernier Marc Levy. En plus de cela, les 860 pages de mon √©dition de poche laissaient franchement penser que je le l√Ęcherais avant m√™me la fin de la premi√®re partie.

Perdu.

Pass√© les deux premiers chapitres, tout se met en place et s'acc√©l√®re. De nouveaux √©v√®nements interviennent apr√®s chaque vague √©motionnelle, on est immerg√© de plein gr√© dans une histoire qui nous d√©passe, o√Ļ chaque d√©tail √† son importance et o√Ļ l'auteur semble prendre un malin plaisir √† embrouiller volontairement gr√Ęce √† une mise en ab√ģme temporelle savament orchestr√©e.

On s'accroche, on s'identifie aux personnages. Chacun d'entre eux cache quelque chose. On le sait, on le sent, mais on n'arrive pas réellement à mettre la main sur ce qui cloche. On sait que cela va déraper, sans jamais réellement mettre le pourquoi. Ou alors pour mieux glisser quelques pages plus loin.

Chaque d√©tail va mettre la puce √† l'oreille; on se met m√©fie de tout le monde, sans r√©ellement y croire vu la quantit√© de pages restantes. Celle-ci se r√©duit de plus en plus, jusqu'au d√©nouement final, celui qu'on attendait, qu'on soup√ßonnait peut-√™tre, mais qui s'avera finalement lib√©rateur tant les d√©nouements, changements de rhytme et rebondissements sont fr√©quents. C'est une √īde √† l'amour, au fonctionnement des instincts humains primaires. On passe de la r√©pulsion √† la compr√©hension en quelques pages seulement: l'auteur introspecte. On s'attache et se d√©tache des personnages comme on tourne les pages: les nouveaux √©v√®nements apportent de la fra√ģcheur, des r√©ponses et de nouvelles interrogations. Apr√®s l'avoir lu, on a un peu l'impression que chaque page, dialogue ou introduction y a sa place, que chaque information ou discussion aura une suite et on fait attention √† chaque miette que l'auteur aura la bont√© de laisser derri√®re lui et qu'il aura dispers√© parmi toutes ces phrases et paragraphes. On se prend finalement au jeu du roman, en esp√©rant en avoir encore un peu par apr√®s, en esp√©rant que la prochaine page ne contiendra pas l'un de ces clich√©s ou facilit√©s autoris√©es par l'√©criture.

D'habitude, une histoire se subit: on se laisse porter par le flot des dialogues, à attendre qu'un évènement se passe. Ici, on se surprend à inventer et imaginer la suite, à porter des soupçons, à espérer qu'un évènement se produise. C'est là aussi tout le désespoir ce roman, c'est qu'il se passe simultanément dans le passé et dans le présent. Le présent fait place à un réel suspens. Ce qui arrive actuellement, la pression mise par certains personnages, la rancune tranmise par d'autres sont réellement ressenties, mais laissent place à d'autres sentiments une fois évaporées. Le passé est passé, on en connait la fin dès les premières pages, mais on se prend quand même à espérer qu'il soit faux ou partiellement incorrect, que des indices laissent à penser que... peut-être qu'on se trompe? Peut-être que tout ça ne s'est jamais passé? Peut-être que l'auteur rêve tout ce qui lui arrive, que tout cela n'est jamais arrivé, et que la réalité n'est pas celle qu'on lit?