Libérez votre cerveau

Publié le 02/05/2017

TL; DR

Plut√īt que d'en faire un r√©sum√©, j'ai repris plusieurs passages et citations qui m'ont particuli√®rement int√©ress√©s dans le livre Lib√©rez votre cerveau d'Idriss Aberkane. Concr√®tement, on y trouve une foule d'anecdotes concernant l'√©ducation, le cerveau, la sociologie, ainsi que quelques pointes de psychologie, d'informatique et de marketing.

Quel que soit votre domaine de compétences ou d'expertise, vous devriez y trouver des anecdotes qui vous toucheront plus que d'autres.

J'aimerais bien mourir sur Mars. Mais pas à l'impact. [Elon Musk]

Préface & introduction

Comme l'écrit Serge Tisseron dans la préface:

Les projets qui nous tiennent le plus à coeur sont ceux qui nous permettent à la fois de nous épanouir et de nous rendre utiles au monde, à condition toutefois que nous ne fassions pas passer la réussite sociale du projet et les bénéfices secondaires que nous pouvons en retirer avant le bonheur qu'il y a à le mener, [...] Idriss Aberkane rappelle sans cesse l'importance d'une expérimentation libérée face aux certitudes établies, aux conformismes et aux hiérarchies nées des idéologies du passé.

Bienvenue dans la neuroergonomie, l'art de bien utiliser le cerveau humain. L'auteur y parle de mémoire spatiale, épisodique et procédurale, d'empan (ce qu'on peut saisir) et d'affordance (la partie d'un objet la plus naturellement prise par nos mains), d'éducation industrielle inadaptée et de quantité primant sur la qualité (ces fameux pourcentages, notes, facteurs G et quotients intellectuels qui rythment nos vies).

Idriss Aberkane fait partie des gens qui pensent que nous pourrions tous êtes prodiges dans un domaine, pour peu que l'on s'en donne les moyens (et qu'on l'ait envie de se les donner). D'après lui, n'importe qui ayant suffisament de motivation et d'énergie peut arriver à un résultat "prodigieux" sous réserve de deux choses:

  1. Soit que ce thème lui soit préférentiel
  2. Soit qu'il ait accumulé suffisament d'heures de vol pour en assimiler tous les recoins.

Dans le premier cas, le prodige ne pratique pas parce qu'on le lui demande, mais parce qu'il adore ce qu'il fait. Il ne travaille pas pour une note ou pour la reconnaissance de ses pairs: il le fait pour lui, par désir inconditionnel de ce qu'il produit [pg31]. Cela signifie seulement que le salaire n'est pas sa motivation première, rien de plus.

... et puis la grande proclamation de la modernit√©, c'√©tait que le progr√®s allait en quelque sorte lib√©rer l'√™tre humain. Mais moi, quand je prenais l'itin√©raire d'un √™tre humain dans la modernit√©, je trouvais une s√©rie d'incarc√©rations, √† tort ou √† raison. De la maternelle √† l'universit√©, on est enferm√©s. On appelle √ßa un "bahut", tout le monde travaille dans des boites, des petites, des grandes, etc. M√™me pour aller s'amuser hein, on va "en boite", bien s√Ľr dans sa caisse, bien entendu... Et puis vous avez la derni√®re boite, o√Ļ on stocke les vieux, en attendant la derni√®re boite que je vous laisse deviner. Vous pourquoi je me pose la question: existe-t-il une vie avant la mort? [Pierre Rabhi - Conf√©rence TEDxParis 2011 - [pg29]].

La conformit√© n'est pas une fin en soi et elle ne remplira jamais une vie humaine (pg140). La pression des pairs est un moteur puissant dans la structuration de notre pens√©e et de nos comportements; l'humain pr√©f√©rera en g√©n√©ral un monde connu mais malsain √† un monde sain mais inconnu (page 149) (voir aussi l'exp√©rience de Milgram ou l'exp√©rience d'Asch, o√Ļ les sujets indiquaient ne faire que s'int√©grer. La promesse d'une r√©compense encourage notre cerveau √† se placer dans une situation connue [...]; son absence augmente ses degr√©s de libert√© (page 156).

Qualité vs. Quantité

Le quotient intellectuel ne permet que de classer les gens dans des boites; cet enfermement est une telle condition √† notre vie que l'on ne pense pas √† se d√©finir diff√©rement [pg29]. Ceux qui sont sagement rest√©s √† leur place ont tendance √† trouver insupportable d'√™tre confront√©s √† des Mavericks, parce que cela leur rappelle qu'ils auraient pu ou d√Ľ quitter le troupeau des gens marqu√©s au fer [pg31].

Quand il parle du r√®gle de la quantit√©, il fait r√©f√©rence aux notes, aux pourcentages qui sont associ√©s √† notre travail et √† notre √©volution. Qu'aujourd'hui, l'√©go√Įsme, l'indiff√©rence et la maltraitance sont trois vertus capitales de nos soci√©t√©s postmodernes [pg35]. Et que "plus vous essayez de rentrer dans le moule, plus vous allez ressembler √† une tarte". A force de ne plus penser par soi-m√™me, on se trouve confin√© dans un moule qui ne d√©nonce plus l'autorit√© ou les absurdit√©s. Ce sont les gens fi√®rement scolaris√©s, persuad√©s de leur valeur individuelle, qui ont commis sans broncher les plus faramineuses atrocit√©s sur Terre [pg38].

Hackschooling

Que voudras-tu faire quand tu seras grand ?. On s'attend √† avoir des r√©ponses comme "astronaute", "neurochirurgien", etc. Alors qu'en fait, n'importe qui qui aurait conserv√© son √Ęme d'enfant s'orientera vers quelque chose qui lui plait, quelque chose avec lequel il aura d√©j√† de l'exp√©rience. Bref, quelque chose bas√© sur l'attraction, l'impulsion et la variation humorale, qui se r√©sume globalement √† huit choses (du Dr. Roger Walsh: "Therapeutic Lifestyle Changes" - TLC):

  • De l'exercice
  • Un √©quilibre nutritionnel
  • Du temps √† l'ext√©rieur
  • Du temps au service des autres
  • Des relations
  • Des r√©cr√©ations
  • De la relaxation et de la gestion du stress
  • Un brin de spiritualit√©.

La question pos√©e est: est-ce que l'√©ducation aujourd'hui fait de ces huit points une priorit√©? En fait, non: la plupart du temps, l'√©cole fait en sorte qu'une personne puisse r√©ussir sa vie plut√īt que de la vivre.

L'heure n'est plus à l'éducation de stock, mais à l'éducation de flux, c'est à la dynamique d'apprentissage qu'il faut s'intéresser, pas au stock des savoirs [pg42] [...] S'il y a échec scolaire, qui est responsable? Le ministre ? Le recteur ? Le programme ? L'inspection ? Le chef d'établissement ? Le professeur ? Reste un seul coupable possible: l'élève... La meilleure façon de progresser, c'est d'être au contact immédiat des conséquences de ses décisions, et c'est exactement ce que fait le ministre. Le professeur [...] est le plus à même d'expérimenter des pratiques pédagogiques et d'innover. Il est le seul à qui l'on puisse confier l'innovation. [pg43].

L'idée est de donner du relief aux choses pour mieux les agripper, de donner des poignées aux objets mentaux. On parle souvent de vulgarisation; Idriss parle de popularisation. Ou simplement de pédagogie. Donc de neuroergonomie.

Et comme le cerveau aime les raccourcis [pg91], les pensées automatiques seront conditionnées par notre vécu, par la saturabilité de notre cerveau.

Issue de la révolution industrielle, notre éducation est centrée sur la pensée de l'usine, et sa vertu cardinale est la conformité. Pas la créativité, pas le caractère, pas l'amour des savoirs, pas l'épanouissement. Non, la conformité avant toute chose [pg120].

Quand une copie est corrigée, ce que l'on y voit, c'est qui nous manque, pas ce qui a été assimilé [pg121].

Au final, la socialisation √† l'√©cole se produit par accident dans la cour de r√©cr√©ation et non pas en classe. Tout comme les valeurs pr√īn√©es par l'√©cole ne sont ni ce dont un enfant est capable naturellement, ni ce dont une personne a besoin pour r√©ellement s'√©lever dans une soci√©t√© √©volutive et bienfaisante.

Les cinq fantastiques

  1. Ken Robinson, qui souligne l'aspect industriel de notr école "traditionnelle". Dans certains pays, en une journée, les élèves passent moins de temps à l'extérieur que les prisonniers de droit commun.
  2. Matthew Peterson, qui a réussi à enseigner les mathématiques à ses élèves uniquemement avec des jeux vidéos
  3. Jane McGonigal: "jouer est la meilleure façon d'apprendre". Le jeu encourage une pratique prolongée et assidue [...] L'excellence émerge spontanément chez ceux qui se créent des défis autour de leur pratique.
  4. Simon Sinek: on ne déplace pas des foules, on n'engage pas des gens autour des questions "quoi" et "comment", mais de la question "pourquoi". Au niveau de l'éducation, la question n'est pas de noter ou non, mais de savoir pourquoi on le fait. Un jeu est intensément noté, il possède un score qui nous stimule; c'est le joueur qui réclame la note, elle rend l'ensemble encore plus amusant et accrocheur.
  5. Gunter Pauli: "ce n'est pas √† la nature √† produire comme nos usines, mais √† nos usines √† produire comme la nature". Dans la mesure o√Ļ notre √©cole est devenue une usine √† √©duquer, il faut la r√©former en suivant la nature, dans laquelle les flux de connaissance sont multicanaux et ergonomiques.

Il faut élaborer une gastronomie de la connaissance pour sortir du modèle fast-food et remettre le plaisir au coeur de l'école. Dans l'école actuelle, les professeurs souffrent autant que les élèves.

(pages 127-130)

Obsénité éloquente et éducation

(page 141)

  • C√īt√© prof: Je me fais chier √† donner ce cours, tu vas te faire chier √† l'apprendre, tout va bien.
  • C√īt√© √©l√®ve: Je me fais chier √† venir, tu vas te faire chier √† me donner cours, tout va bien.

Un tel système est infiniment plus vulgaire et mérite bien un peu d'obsénité éloquente (Patton).

On ne consolide jamais mieux un cours que lorsqu'on l'enseigne à autrui (pg142). Tout enseignant, dès la maternelle, est un enseignant-chercheur qui a pour mission d'améliorer les pratiques pédagogiques (page 143).

Et nous changerons notre soci√©t√© si nous pla√ßons l'√©panouissement devant l'utilit√© √©conomique: l√† o√Ļ le sens ne coule pas, les humains pourrissent lentement et affreusement (page 145).

Jeux videos

A l'instart de Jane McGonigal, un geek joue pour apprendre et transforme son travail en jeu (page 158).

Boire sans soif, sans recul et sans développer finement sa subjectivité n'est pas la façon idéale de consommer un grand cru. Il en va de même pour le jeu vidéo (page 158).

Si certains progamers étaient en échec scolaire, ils avaient développé pour certains un niveau de compétences en algorithmique, informatique et optimisation digne d'un élève de master (page 159). Les jeux videos sont aussi une excellente manière d'apprendre la programmation et devraient être utilisés comme tels.

L'auteur propose cinq conseils pour profiter (et faire profiter) des jeux vidéos à vos enfants (pages 160-162):

  1. Impliquez-vous dans le choix des jeux, d'une façon constructive et non-invasive
  2. Jouez avec vos enfants, notamment pour faciliter l'arrêt du jeu et prenez cinq minutes à la fin de la séancepour débriefer
  3. Devenez un sommelier du jeu vid√©o. Elevez leur go√Ľt, faites-en non pas des consommateurs mais des critiquesvid√©oludiques.
  4. Instaurez des cr√©dits jeux vid√©o, avec un ratio entre 1 et 1.5 en faveur du temps de travail. Cela fait deuxheures de jeu gagn√©es pour 3h de travail. Et aux t√Ęches sp√©ciales, on accorde des r√©compenses sp√©ciales.
  5. Diversifiez le régime alimentaire.

Le cerveau

Pour arriver √† mieux saisir certains concepts, l'id√©e est de d'inhiber le cortex pr√©fontal, pous d√©sinhib√©s l'individu. En augmentant la confiance en soi et en r√©duisant la part de doute dans la planification d'une t√Ęche, la d√©sinhibition peut augmenter les performances et stimuler la cr√©ativit√©, notamment dans la r√©solution de probl√®mes ou dans l'√©criture. Par exemple, prendre une petite dose d'alcool pour limiter le trac [pg70].

De fait, lorsque nous nous persuadons que nous sommes incapables de r√©aliser une t√Ęche, nous avons beaucoup plus de chances d'y √©chouer [pg71].

On parlait plus haut de hacking. Au niveau du cerveau, cela peut √™tre fait gr√Ęce √† l'hypnose, qui court-circuite une partie de notre esprit critique. Un autre moyen de hacker le cerveau est d'utiliser la "c√©cit√© d'inattention" dans le cas d'un stimulus sensoriel [pg74]: par exemple en demandant au sujet de r√©pondre √† une question de calcul mental ou de culture g√©n√©rale afin de le rendre insensible √† la douleur durant un court laps de temps (juste le temps de faire la piq√Ľre... :)). L'information de la douleur aura bien √©t√© relev√©e, mais elle n'aura pas acc√®s √† la conscience qui sera accapar√©e par une autre t√Ęche.

Un peu plus loin (page 73), "si le cerveau ne calcule pas rapidement la racine 73ème d'un nombre à 500 chiffres, ce n'est pas parce qu'il n'en est pas capable, mais parce que cette capacité n'a jamais été fondée par un instinct de survie".

Nos neuronnes ont d'abord servi à définir une kinésphère - un ensemble des mouvements possibles - puis une noosphère - un ensemble de pensées possibles - et cette noosphère nous est encore largement inconnue [...] L'humain, lui, s'interdit certaines explorations mentales et la pression des pairs l'encourage au confinement [pg110-pg111].

Nous avons une attitude irrationnelle vis-√†-vis des gains et des pertes: la douleur d'une perte n'est pas sym√©trique au plaisir d'un gain. De plus, la courbe de r√©ponse est logarithmique: apr√®s avoir gagn√© 100‚ā¨, il faudra en gagner 1000 (10 fois plus) pour gagner une seule dose de dopamine suppl√©mentaire (page 157). Le cerveau trivialise les gains et amplifie les pertes.

En bref

Hackez les choses, passez 5 heures, 500 heures ou 50 000 heures sur ce qui vous passionnent, exp√©rimentez, sentez, ma√ģtrisez.

Liens, références et notes

Il y a disonnance cognitive lorsqu'on voit brise ce que l'on croit. Sous le IIIè république, on enseignait la nage sur tabouret, sans jamais aller dans l'eau. Si une personne de cette époque rencontrait quelqu'un qui sait déjà nager sans avoir jamais suivi ce cours, elle pourrait imaginer tout plein d'explications fantaisistes pour expliquer ce phénomène, jusqu'aux possibilités de "cet enfant a été formé à la nage sur tabouret" et "cet enfant n'existe pas". Déformation professionnelle bien connue des scientifiques: "si je l'ignore, cela n'existe pas, et si cela n'existe pas, cela ne peut pas exister".

En neurosciences, il arrive que l'on prenne la corrélation pour une causalité. C'est l'hypothèse erronée que parce que plusieurs choses sont liées (corrélées), il y a un lien de cause à effet.

Conviction que les foules votantes prennent plaisir √† leur propre infantilisation. D'o√Ļ l'encha√ģnement cynique mais logique, de la neuroergonomie de la politique avec celle de l'arnaque.

  • Pendant longtemps, le Paris haussmanien associait √† chaque √©tage une couche sociale bien pr√©cise. Le deuxi√®me √©tait par exemple l'√©tage noble, r√©serv√© aux riches, quand le dernier, sous les combles, abritait les chambres de bonne. Avec l'apparition de l'ascenceur, comme le note Serge Soudoplatoff, cete socialologie verticale s'est trouv√©e substitu√©e par une sociologie horizontale: les familles pauvres ont √©t√© progressivement bout√©es hors de Paris, et les derniers √©tages, plus lumineux et calmes, sont devenus la coqueluche des acheteurs hype... [pg97].
  • Les fab labs

La publicit√© est un monde o√Ļ les guimauves semblent bel et bien pousser sur les arbres (page 183).

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