Un siècle de mensonges

Publié le 07/03/2021

Le d√©but est juste chiant: on y suit une trentenaire plus ou moins banale, coinc√©e dans une vie √©triqu√©e, journaliste, avec un contrat int√©rimaire sans r√©el int√©r√™t et ni objectifs. Le pire √©tant les dialogues, o√Ļ les points d'exclamation an√©antissent une ponctuation classique, o√Ļ chaque personnage est contraint de terminer ses phrases par un "!" (sans quoi, "des sauterelles √† bicyclette, un colibri sur ma t√™te ou les canards auront des lunettes"). Bref, exasp√©ration qui m'a failli l√Ęcher le livre √† la page 14, quand le m√™me nombre de points d'exclamation (que le num√©ro de page) aura noy√© une ponctuation de trois points classiques, qui me laissait penser que chaque personnage ne s'exprimait qu'avec vigueur et excitation. J'avais difficile.

Je n'ai commenc√© √† accrocher qu'√† partir du moment o√Ļ j'y ai trouv√© mes rep√®res, et que j'ai r√©ussi √† passer outre l'√©criture qui ne me convenait pas. Quand l'histoire commence √† aborder le naufrage du Titanic (j'y √©tais pas, mais cela a berc√© le cin√©ma de mon enfant, notamment dans Ghostbusters 2), la catastrophe du Hindenburg √† Lakehurst (√©tudi√© en cours d'anglais), l'incendie de l'Innovation de 1967 (racont√©e par mes parents), ou le naufrage du Herald of Free Enterprise √† Zeebrugge (qui a hant√© mes citytrips de jeunesse √† la c√īt√© belge).

En fait, j'ai commenc√© √† accrocher au moment o√Ļ les quelques clich√©s descriptifs, o√Ļ les dialogues ont commenc√© √† se fondre dans l'histoire, au moment o√Ļ cette m√™me histoire a commenc√© √† jouer aux montagnes russes nostalgiques, et o√Ļ j'ai pu raccrocher des morceaux √† des "ah mais oui, ch'connais!"1.

Au final, on se retrouve avec un thriller psychog√©n√©alogique captivant, entre Le Soleil des Scorta et What Remains of Edith Finch, o√Ļ mes propres notes m'ont autant servi que les quelques informations distill√©s pingrement par un vieux bonhomme manipulateur, le tout √©tant entrecoup√© de morceaux sans aucun rapport avec l'histoire, jusqu'√† la toute fin (parce que quand on pense avoir tout compris, il reste plus ou moins trois championats du monde de trampoline sc√©naristique), o√Ļ on comprend enfin le joyeux bordel qu'auraient √©t√© les f√™tes de fins d'ann√©es familiales.

1 Flupke, j'ai mis un point d'exclamation !